De Recin à Manille... passions d'une vie, par Gilbert Fournier (page 2)
Jacques m’a aussi confié qu’une autre mission devrait avoir lieu sur ce même site l’année suivante, qu’il avait également de nombreux projets de fouilles archéologiques sous-marines aux Philippines et qu’il aimerait bien que je fasse partie de l’équipe qui devra y prendre part. Même si, d'emblée, dans mon esprit, j'entrevoyais l'ouverture d'une grande porte, il est bien évident que cela demandait préparation. Jacques donnait des conférences dans le cadre de “Connaissances du monde“ et en avril 1985, à Agadès, alors qu’il se présentait en scène devant plus de 500 auditeurs, il s’est effondré, victime d’une crise cardiaque. C’est un financier qui a repris à son compte tous les projets philippins. Il me connaissait, Jacques m’ayant recommandé à lui en cas de besoin pour de telles missions. Il m’a demandé de participer à ce grand projet. Aussi, j'ai sollicité une année de congés sans solde et en octobre 1985 j'ai rejoint Manille.
Jacques Dumas Président de la FFESSM et de CMAS à Hurghada, Mer Rouge, en février 1978.
En compagnie du prince Louis Napoléon Bonaparte en Baie d'Aboukir
Entre les missions de prospection ou de fouille en mer, il fallait préparer les suivantes, ce qui impliquait des déplacements et des rencontres fréquentes avec les pêcheurs des îles. Ces derniers passaient leur vie, sur et sous la mer, avec leurs palmes en contreplaqué et hookas alimentés par des compresseurs qui, a leur seule vue, nous faisaient peur tellement c’était rudimentaire et paraissait fragile ! Pas pour eux car ils n’avaient pas le choix ! Ils devaient plonger et plonger encore pour vivre et faire vivre leur famille. A force d’explorer les fonds pour pêcher ou collecter des coquillages, il leur arrivait de découvrir des objets, des tessons de poteries, des morceaux de bois vermoulus… très précieux indices pour nous ! Alors de véritables réseaux s’établissaient entre eux et nous. Ces gens de la mer, devenus de grands amis, nous contactaient lorsqu’ils découvraient ces indices. Alors, pour nous, de longues procédures administratives débutaient avec les autorités du National Muséum pour obtenir les autorisations de prospection et de fouille.
Légendes, de haut en bas : première photo lors de la découverte du galion San Diego. Carte des sites explorés. Découverte de l'Astrolabe du galion San Diego. Découverte d'une caisse de soucoupes du galion Griffin. Dans un compartiment d'une jonque du 15iem. Plongeur narguilé - Hooka. Bandeau : un curieux durant des fouilles !
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Aux Philippines, les fouilles de navires antiques se sont succédées: Galions européens des 17iem et 18iem siècles, Jonques chinoises des dynasties Song, Yuan et début Ming. Là il me vient à l’esprit ce galion espagnol, le San Diego, coulé le 1er décembre 1600 par 52 mètres de fond ! Le 24 avril 1991 je fus le premier et le seul à revoir, depuis son naufrage, le contenu complet et intact: quel spectacle ! Puis durant la fouille, le 10 mars 1992, comme une récompense, j'ai découvert son astrolabe. Je pense aussi à cette jonque chinoise du 15iem, naufragée par 41 mètres de fond dans le détroit de Balabac, passage de la mer de Chine du sud à la mer des Sulu, dans une vaste ferme perlière, au pied d'un tombant de toute beauté. Au cours de sa fouille je me sentais comme quelqu’un d’autre, transporté très loin en arrière alors que je m’installais dans un des compartiments de sa coque intacte, entouré de jarres et de différentes et splendides vaisselles du 15iem destinées au commerce avec les pays de l’Asie du sud-est. Je pense aussi à la découverte de ces caisses complètes et intactes contenant des centaines de pièces de vaisselles "bleu blanc", aux décors floraux ou aquatiques, découvertes sur ce galion de la Compagnie Anglaise des Indes, naufragé en 1761, ainsi qu'à tant d’autres encore… Que de moments forts et privilégiés dans une vie de plongeur ! Ce sont au total 26 sites archéologiques sous-marins visités ou excavés, dans l'archipel des Spratleys en mer de Chine du Sud, en mer des Sulu et des Célèbes et Pacifique, sur la côte Est des Philippines. Durant toutes ces années de travail sur ces navires antiques, il m'a été donné de mettre en pratique tous mes apprentissages, mes passions: la plongée proprement dite, bien entendu, mais aussi la pratique de la photo sous-marine, le savoir-faire en plomberie et tuyautage… et là on est en droit de se poser une question : quel est le rapport, dans ce dernier cas, avec l'archéologie sous-marine ? Eh bien, il faut savoir que, travailler correctement et archéologiquement sur les sites, implique la mise en œuvre d'un matériel spécifique souvent très lourd, que l'on ne trouve pas à la quincaillerie du coin ! Le plus important de ces outils est la suceuse : un puissant aspirateur, indispensable pour évacuer les sédiments. A défaut, impossible de travailler correctement. Cet aspirateur devra être adapté aux milieux, aux conditions de travail et sera différent selon que le site sera profond ou non, vaseux, sableux ou coralliaire, s'il y a du courant ou non ! Une attention particulière lui sera accordée pour travailler dans des endroits sensibles. Pour répondre à ces multiples impératifs, il fallait donc fabriquer les outils adéquats mais surtout performants et, bien entendu, les alimenter soit avec des compresseurs à air depuis la surface, ou de puissantes pompes à eau depuis la surface ou immergées . Mon savoir-faire en tuyautage et soudure prenait alors toute son importance et me permettait d'élaborer ces différents outils, parfois en pleine mer, entre deux plongées, bien souvent pendant que tout le monde faisait la sieste. La plus performante suceuse que j’ai fabriquée avait un diamètre de 25 cm et était alimentée par trois pompes submergées Caprari; un outil assez impressionnant au travail, sur le fond, à cause de sa puissance d’aspiration et de rejet. Il a permis, par exemple, d’évacuer, 18 mètres au-delà de l’épave, les quelque 60 tonnes de pierres de ballast du galion San Diego, ce qui a permis aux archéologues, spécialistes en la matière, de faire une étude très approfondie sur la construction du galion.
Ce résultat me rendait simplement heureux. Des années plus tôt, lorsque j’avais terminé une belle installation sanitaire, qu’elle fonctionnait parfaitement, alors je m’asseyais sur ma caisse à outils et, tout en la regardant, je fumais une cigarette ! Oui, satisfaction toute simple et personnelle: j’étais heureux. Bien entendu en regardant travailler ces machines sur le fond, j’aurais pu aussi m’asseoir sur une tête de corail ou une jarre Ming tout près de là. J’avoue que cela m’est arrivé et, même sans la cigarette, là encore j’étais simplement content. Je peux ajouter que, lorsque je suis arrivé aux Philippines en 1985, alors que je ne connaissais pas encore le quartier de China Town autant que je le connais aujourd’hui, ce n’était pas évident de trouver tout le matériel et l’outillage nécessaire pour ces réalisations. Qui plus est, je ne parlais pas encore anglais ! Alors je m’aidais de mon petit Collins Gem French-English que j’avais toujours dans ma poche ou je montrais du doigt l’outil, le raccord dont j’avais besoin. De toute façon, il fallait, très souvent, faire preuve d’ingéniosité pour y arriver ! Grâce à l'aide des très compréhensifs et sympathiques philippins, cela ne posait pas trop de problèmes. Si j’étais en mesure de fabriquer ces outils, il fallait aussi les installer sur le fond et surtout les y maintenir ! J’aimais assumer ces travaux car mon métier de plombier – chauffagiste, tuyautage, soudage m’a toujours permis de fabriquer beaucoup de choses. En outre, ce qui pourrait paraître plutôt paradoxal, à mes débuts ce furent des installations en série dans des immeubles HLM, puis nettement plus spécialisées dans des villas de très grand luxe (Chiarini or, argent, bronze, porcelaines de Paris, etc.…), pour en arriver à appliquer mes acquis à l’archéologie sous-marine. Curieux parcours tout de même ! En fin de compte tout s'explique: habité par une véritable passion avec, “cerise sur le gâteau“, un cadre toujours renouvelé, lié aux découvertes journalières sur les épaves, dans un environnement de flore et faune unique. Grâce à mon Nikonos III et à son 15mm, en permanence à mes côtés, je pouvais fixer le tout pour la postérité.
Montre à gousset en or avec sa chaine à 12 longs brins aux initiales du capitaine du vaisseau
En février 1978, eut lieu une expédition-plongée en Mer Rouge, à Hurghada, organisée pour une quinzaine de responsables de la FFESSM, dont son Président Jacques Dumas , également Président de la CMAS, de 1978 à 1985 (Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques) et Président de la Société Française d’archéologie sous-marine. J’avais été averti de cette expédition par Daniel Mercier , le Président du Festival annuel de l’Image Sous-marine de Juan-les-Pins, Festival auquel j’avais déjà participé deux fois. Deux jours avant le départ, Daniel m'a informé qu'une place s'était libérée; aussitôt je l'ai réservée et prit l'avion. Depuis bien des années, il n'était pas possible de plonger dans cette région mouvementée et cette expédition fut la première autorisée dans ces eaux égyptiennes de Mer Rouge, avant même les accords de Camp David de septembre 1978; mais encore, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvions pas vivre à terre ! Aussi nous restions à bord d’un navire ancré au large (voir photo ci-contre). En plongée, Jacques Dumas faisait toujours équipe avec Georges Delonca , le médecin de la FFESSM. Ils m’ont demandé à faire partie de leur tandem pour toutes les plongées à venir. J’avoue que, venant de ces personnes, j’étais assez flatté. Un jour Jacques m'a confié qu'il avait des projets archéologiques, des fouilles de navires antiques et historiques, dont, entre autres, “L'Orient“, le vaisseau amiral de la flotte napoléonienne, armé de 124 canons, coulé le 1er août 1798 par la flotte anglaise en Égypte, en baie d'Aboukir. Il me demande s’il me serait possible de me libérer de mes obligations de l’AFPA pour une période de deux mois dans le but de participer à la fouille de ce vaisseau en tant que chef plongeur. Bien entendu, j'ai dit oui immédiatement. En juin 1984, avec l’accord de mon ministère, j’ai rejoint le site de L’Orient en baie d’Aboukir où “Le Bon Pasteur“, notre bateau support, attendait. Cette mission fut financée par le Conseil régional PACA. Ce fut mon premier contact officiel avec l’archéologie sous-marine et pour moi une mission extraordinaire. Non seulement à cause des fabuleuses découvertes que j’y ai faites, dont le gouvernail de ce vaisseau de 12,65 m de haut et de 1,88m de large à sa base, mais aussi, entre autres, de la montre à gousset en or avec sa chaîne à 12 longs brins sur un anneau puis deux brins de 5 cm terminés par deux pétales portant les initiales du capitaine du vaisseau, l’Amiral Paul Brueys D’Aygallier (image ci-contre). Il faut y ajouter les instruments de navigation (tout cela est visible au Musée d’Alexandrie) et beaucoup d’autres merveilles historiques remontées de ce vaisseau. Mais ce fut aussi pour moi l’occasion de côtoyer des personnalités, dont bon nombre de responsables de l’archéologie égyptienne.
Un personnage qui m’a beaucoup marqué : le Prince Louis Napoléon Bonaparte , un descendant de la famille impériale, qui sur le lieu même du naufrage du vaisseau, a assisté de nombreuses fois à cette fouille. Je fus très fier de lui présenter des objets provenant du plus grand vaisseau de guerre de son ancêtre à cette époque.
Durant la période d’enseignement à l’AFPA, j’ai eu “la grande chance“ d’être affecté durant plus d’une année au centre de formation professionnelle de Metz. Le Directeur administratif de ce centre était Gérard Rivière , par ailleurs membre du CAN (Cercle Aquariophile de Nancy). Bien entendu, de suite Gérard a été intéressé par les photos de flore et faune sous-marine que j’avais déjà prises au cours de mes plongées en Méditerranée et lors d’autres expéditions en mer des Caraïbes ou Océan Indien. J’en avais réalisé un montage audiovisuel qui me permettait déjà d'assouvir mon rêve: montrer et partager mes découvertes. Gérard m’a suggéré de l’accompagner à Nancy pour y rencontrer les Directeurs de l’Aquarium Tropical, le Professeur Bruno Condé et Denis Terver . Ces personnes (je ne les oublierai jamais), ces scientifiques, m’ont d’emblée considéré, non seulement en prenant en compte mes documents photographiques mais encore en prenant le temps d’y apporter toutes les annotations spécifiques et correctes indispensables pour pouvoir présenter ces diaporamas à un public très averti que sont les membres des Clubs aquariophiles. Par la suite, ils m'ont invité à présenter ces documents dans de nombreuses Villes de l'Est lors de réunions associatives.
Biographies : Albert Falco - Jacques Arnoult - Guy Favé - Bruno Condé - Jacques Géry - Gilbert Fournier p1, p2, p3 - p4 a - p4 b Denis Terver -

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